La ronce (Rubus Fruticosus)

Cet arbuste, nous le maudissons assez souvent. La ronce est considérée comme un fléau au jardin. Elle s'installe dans les massifs sans qu'elle soit invitée. Sa proximité physique nous cause bien des désagréments. Un moment d'inattention et sa tige épineuse vous agrippe par les vêtements, par les cheveux. Vous ne vous en débarrassez pas sans quelques égratignures. On a à peine le dos tourné qu'elle a formé un bosquet impénétrable. Sans réaction de votre part, elle se trouve sur le pas de votre porte. Avec la ronce, nous avons à faire à une envahisseuse.

Tout concours à ce que la ronce progresse rapidement au jardin.

  • Elle étend ses longues tiges vigoureuses qui s'inclinent vers la lumière et se courbent. Au contact du sol, des racines se développent à l'extrémité des tiges et c'est un nouveau plant, copie conforme du pied mère qui apparaît jusqu'à plusieurs mètres de sa base (marcottage).
  • C'est une plante mellifère. De ce fait, les fleurs reçoivent de fréquentes visites d'insectes pollinisateurs qui contribuent à la reproduction sexuée de la plantes.
  • Le travail du sol mécanique en fragmentant ses racines participe à sa dispersion
  • Enfin la ronce peut se multiplier par agamospermie. Ce terme désigne la capacité de la plante de produire des graines (susceptibles de germer) qui se forment sans intervention de phénomène sexuel.

Face à cette invasion en règle, beaucoup de jardiniers découragés n'hésitent pas à employer la manière forte pour la voir disparaître. Ils ont recours à un débroussaillant. Hors la substance active herbicide la plus couramment utilisé pour la fabrication de ce produit est le 2,4,5-T.

Cette molécule de triste mémoire est la cause de catastrophes humaines et environnementales. L'agent orange utilisé pour défolié la jungle durant la guerre du Vietnam était composé pour moitié de 2,4,5-T. En 1976, en Italie, la catastrophe de SEVESO est lié directement par la diffusion dans l'atmosphère de dioxine, produit dérivé de la fabrication de 2,4,5-T. Nous réfléchirons donc à deux fois avant d'utiliser ce débroussaillant.

Pour ce qui me concerne, seul l'arrachage manuel avec une pioche de plantation est efficace pour peu que nous extirpions l'essentiel des racines du sol.

Plaidoyer pour la ronce

« La nature n'a pas créé la ronce uniquement pour nuire à l'homme » Pline.

Maintenant, nous pouvons nous poser la question. Faut-il vraiment exclure la ronce du jardin ? Essayons de voir le côté positif de sa présence dans nos espaces verts.

 La ronce contribue à la diversité faunistique au jardin :

  • Elle abrite dans ses tiges creuses et mortes les œufs et les larves d'hyménoptères rubicoles (Rubicole: qui vit dans les tiges des ronces). Parmi ces espèces, nous comptons notamment des syrphes et des abeilles solitaires qui adultes viendront polliniser les fleurs du jardin et du potager.
  • Comme nous l'avons vu plus haut, elle fait partie des plantes mellifères. Nous pouvons trouver à l'occasion du miel de ronce chez certains apiculteurs.
  • C'est la plante hôte des chenilles de plusieurs papillons (Bombyx de la ronce, Nacré de la ronce etc....).
  • Au niveau des mammifères, les ronciers accueillent un petit rongeur, le muscardin qui se nourrit à maturité de ses baies.

La ronce est une auxiliaire précieuse des arbres.

En dressant ces tiges épineuses autour des jeunes arbres, elle empêche les animaux brouteurs d'opérer. Elle couvre le sol à leur pied et maintient la fraicheur autour des racines.

La ronce est une plante médicinale, elle soigne ceux qu'elle égratigne.

Quelques-unes de ses propriétés les plus courantes :

  • De par sa richesse en tanin, la ronce est astringente et hémostatique, c’est-à-dire qu’elle a la propriété de resserrer les tissus. Elle est alors très utile en cas de diarrhée, troubles digestifs provoquant des selles liquides, métrorragie (règles trop abondantes) etc.
  • Elle est également diurétique (favorise les urines) en éliminant l’excès d’acide urique.
  • Elle est aussi cicatrisante et antalgique sur la sphère de la gorge, des gencives et du larynx. Elle calme les douleurs dentaires et cicatrices certaines plaies atones.

Anecdote d’une couturière, Laeticia TRICOIRE :

« Dès le XVème siècle, on cite le jus des fruits pour la teinture des laines. Cependant, les couleurs obtenues- gris violacé- sont de "petit teint"; elles ne résistent pas bien au lavage. On peut aussi utiliser les jeunes pousses, récoltées au printemps. On obtient ainsi des nuances de jaune paille à gris fumé. Les pousses de ronce contiennent des tanins, ce qui rend la teinture, avec cette partie de la plante, plus solide qu'avec les mûres. »

Alors certes, il ne faut pas se laisser déborder par la ronce mais pourquoi pas lui aménager une place au jardin avec en tête de pouvoir profiter de ses qualités et vertus.

Lionel REMY
Magali ROUX


Pour aller plus loin…

Bibliographie

Le livre des bonnes herbes, Pierre LIEUTAGHI, édition ACTES SUD.

Cuisine sauvage, mes recettes féeriques, Brigitte BULARD-CORDEAU, édition CHENE.

Plantes à histoire, Jean HANNOTEAUX, Edition UNAF

La tisane des maux de gorge

Prendre une poignée de feuilles de ronce (le mieux est de les récolter au printemps et de les faire sécher dans un endroit sec).
Faire bouillir de l’eau, puis laisser infuser 10 minutes avant de retirer les feuilles. A déguster nature ou accompagné de miel.
Cette tisane est excellente pour soulager les maux de gorge débutants.

Thé de ronce

De préférence ramassez les feuilles de la ronce bleue que vous séchées et pulvérisées. Préparer ces feuilles en infusion comme un thé ordinaire.


Et puis, il y a les baies improprement appelé mûres car la mûre est le fruit des différentes espèces de mûrier (l'arbre). C'est d'ailleurs leurs ressemblances qui ont donné lieu à ce quiproquo. Mais comment nommer ces baies autrement. Nous ne leur connaissons pas d’autres noms. Peu importe car l'essentiel réside dans leurs goût notamment à l'état de confiture ou de gelée.
Nous distinguons la ronce à fruits noires (Rubus fruticosus) et la ronce bleue (Rubus caesius) aux fruits recouverts d'une pruine.

Confiture de ronces bleues

1 kg de mûres sauvages
500g de sucre
1g d’agar agar (algue gélifiante)

Après une cueillette dans la nature, rincer et égoutter les mûres. Porter à ébullition tous les ingrédients dans une grande casserole. Dès que le mélange est à ébullition, stopper la cuisson. Votre confiture est prête, il ne reste plus qu’à la mettre dans des bocaux.
Bonne dégustation !